''Après une visite à la chapelle où je me recommandai à Dieu et offris ma vie pour toutes les intentions qui m'étaient chères, je suivis les policiers.'' (Journal de l'Abbé p. 14)

Le prêtre

 

L’Abbé Paul Parguel : L’Apôtre du Plan des Quatre-Seigneurs

  1. Une enfance aveyronnaise marquée par l’épreuve

Paul Joseph Charles Parguel naît le 7 mai 1899 à Millau, au cœur d’une famille aveyronnaise de six enfants. Ses racines plongent dans le Causse Noir, dominant la vallée de la Dourbie. Très tôt, la tragédie frappe le foyer : son père, Albin Basile, ancien tanneur, décède en 1902 alors que Paul n’a que 3 ans. Quatre ans plus tard, c’est sa sœur aînée qui disparaît. Sa mère, Marie, se retrouve veuve et seule pour élever ses cinq enfants restants, tout en exploitant une auberge à Millau.

Face aux difficultés financières, la famille doit se résoudre à vendre l’établissement. Les frères aînés partent travailler à Paris tandis que la famille quitte l’Aveyron. C’est dans ce contexte de résilience que Paul ressent l’appel de Dieu.

 2. Du séminaire aux premières missions

Paul Parguel entre d’abord au séminaire de Rodez en 1916 avant de rejoindre celui de Montpellier. Ordonné prêtre le 23 décembre 1923, il commence son sacerdoce comme vicaire à la Sainte-Madeleine de Béziers en 1925, puis devient curé de Mourèze et Villeneuvette en 1929. C’est là que sa mère le rejoint pour vivre à ses côtés. Après un passage comme aumônier au collège de Sète en 1933, il reçoit en 1937 une mission qui va marquer sa vie : fonder une paroisse dans le quartier périphérique de Montpellier, le Plan des Quatre-Seigneurs.

 3. Le  »Curé-Pionnier »  du Plan des Quatre-Seigneurs

En 1938, l’abbé Parguel s’installe dans ce qu’il décrit lui-même comme un « coin de banlieue » aux airs d’ermitage. L’accueil de la population locale, ouvrière et parfois hostile, est d’abord glacial. Comprenant qu’il doit  gagner la sympathie  avant de prêcher, il s’immerge totalement dans la vie du quartier.

Pour créer son fichier paroissial, il utilise un prétexte ingénieux : lors de l’électrification du quartier, il se fait désigner par le Comité d’Urbanisme pour recenser le nombre d’ampoules nécessaires dans chaque foyer. Cette mission lui ouvre toutes les portes et lui fait découvrir une misère morale et matérielle immense. Durant deux ans, il vit au plus près des « taudis », partageant les misères des habitants pour y semer les graines de la foi. De ce terreau ingrat naissent les premiers noyaux de chrétienté et de futurs cadres des Mouvements Familiaux Populaires.

Le résistant

 

L’Abbé Paul Parguel : Du Presbytère aux Bagnes Nazis

 1.Résistance et sacrifice : l’engagement de l’ombre

Bien que dévoué à sa paroisse, l’Abbé Paul Parguel ne reste pas passif face à l’Occupation. Il s’engage activement dans la Résistance au sein du réseau NAP (Noyautage des Administrations Publiques) en tant qu’agent de liaison. Avec l’aide de certains paroissiens, il fabrique de faux papiers d’identité et organise, via de jeunes messagères, la diffusion du journal clandestin Témoignages Chrétiens.

Cette activité clandestine prend fin brutalement suite à une dénonciation. Le 8 mars 1944, à 21 heures, alors qu’il termine son repas au presbytère, la Gestapo fait irruption : l’Abbé est arrêté.

 2. Le chemin de la déportation

Après un passage par la Villa des Rosiers, siège de la Gestapo de Montpellier, il est détenu boulevard Gambetta où il subit interrogatoires et tortures. Il est ensuite transféré au camp de Royal lieu à Compiègne.

Lors de son transfert en train, il réalise un acte de foi et de courage : il parvient à confier à un enfant une lettre destinée à sa famille habitant Montpellier. Malgré le danger immense pour son porteur, cette missive parvient à destination. Ce document précieux, dont nous conservons une copie, nous plonge dans l’angoisse et la foi inébranlable qui l’habitaient alors. À Compiègne, il partage avec d’autres prêtres des moments d’une profonde spiritualité avant d’être déporté vers l’enfer du camp de concentration de Neuengamme, en Allemagne.

 3. Le retour : Témoigner pour ne jamais oublier

Libéré en mai 1945, l’Abbé Parguel revient des camps nazis profondément transformé. Porté par une force spirituelle renouvelée, il refuse la haine. Dès janvier 1946, il publie l’un des tout premiers ouvrages sur l’univers concentrationnaire : « De mon presbytère aux bagnes nazis ».

À travers ce récit et de nombreuses conférences dans tout l’Hérault, il devient un témoin essentiel de la barbarie, expliquant comment la foi peut être une force pour résister face au pire. Pour que ce sacrifice ne soit jamais oublié, il érige sur sa paroisse un monument en souvenir des déportés.

Aujourd’hui encore, cet héritage demeure vivant : chaque dernier samedi d’avril, la paroisse Sainte-Bernadette continue d’honorer leur mémoire, perpétuant le vœu de l’Abbé Parguel.

L’épreuve de la déportation et l’héritage visionnaire

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant héroïque et douloureux. Arrêté sur sa paroisse le soir du 8 mars 1944, il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne, puis déporté au camp de Neuengamme en Allemagne.

Suivez le récit de son arrestation dans le film suivant.

Le Batisseur

 

 

L’Abbé Paul Parguel : L’Homme de Bien et l’Architecte des Cœurs

 1. L’Homme de Bien : Un Bâtisseur au service de la Fraternité

Dès son arrivée en 1938, l’Abbé Paul Parguel se révèle être un bâtisseur dans tous les sens du terme. S’il érige des murs, c’est avant tout pour construire une communauté où la fraternité et l’amour du Seigneur habitent chaque projet. La première pierre de cet édifice sera la  petite église , dédiée tout naturellement à Sainte Bernadette en hommage aux miracles de Lourdes et à sa propre dévotion mariale.

 2. Une main tendue vers les malades et les souffrants

Située au cœur du quartier des hôpitaux, la paroisse ne pouvait rester indifférente à la souffrance. À son retour des camps, l’Abbé Parguel fait ériger une réplique de la Grotte de Lourdes.

Ce lieu devient un refuge pour les malades ne pouvant se déplacer jusqu’aux Pyrénées. Chaque 11 février, une foule impressionnante de brancards et de fauteuils roulants s’y presse, entourée de médecins et d’infirmières venus en voisins, pour trouver réconfort et espérance.

 3. Éduquer et consoler la jeunesse

L’éducation et l’épanouissement des jeunes sont au centre de ses préoccupations. Dès 1936, il fonde un groupe scout, une institution qui perdure encore aujourd’hui, plus de 80 ans après sa création.

En 1950, il acquiert un terrain à Saint-Jean-du-Bruel, dans son Aveyron natal, pour y bâtir une colonie de vacances. Sa priorité ? Les pupilles de la Nation ayant perdu leurs parents durant la guerre. Il veut leur offrir la joie qui leur a été volée. La colonie grandira pour accueillir des générations de petits Montpelliérains chaque été, l’Abbé assurant lui-même la direction spirituelle en juillet.

 4. L’art et la culture comme outils de cohésion

Visionnaire, Paul Parguel veut apporter la culture au plus près des habitants. Il fait construire un bâtiment qui devient tour à tour salle de théâtre et cinéma, évitant ainsi aux résidents le long trajet vers le centre-ville.

Grâce à des paroissiens bénévoles devenus acteurs ou techniciens, le quartier s’anime. Une fois par mois, on va chercher des bobines de films chez Pathé à Marseille. Après chaque projection, l’Abbé engageait un débat à la lumière de l’Évangile. Plus qu’un simple divertissement, c’était un outil puissant de convivialité et de cohésion sociale.

 5. Une mission sans frontières

L’Abbé Parguel n’excluait personne. Sa paroisse n’avait pas de murs invisibles :  »Mes paroissiens sont tous ceux qui habitent ce secteur nord de Montpellier… tous sans exception ». 

Il s’éteint le 17 mars 1960, laissant derrière lui une œuvre immense. Lors de ses obsèques, plus de 5 000 personnes de toutes croyances et de tous bords politiques sont venues saluer non seulement le prêtre, mais l’homme de courage et de foi qui avait su semer la fraternité dans le cœur de chacun.

 

Et après ?

Après la mort de l’abbé Paul Parguel en 1960, la paroisse Sainte Bernadette a poursuivi son chemin avec fidélité, en s’attachant à faire vivre l’héritage spirituel qu’il avait construit.

Les dix prêtres qui se sont succédé ont maintenu cet élan en faisant vivre concrètement la paroisse : par les célébrations, l’accompagnement des familles, une présence engagée auprès des plus fragiles et la présence et l’encouragement auprès des jeunes. Au fil des années, l’Église Sainte Bernadette a ainsi porté et transmis ce qui faisait le cœur de la mission de l’abbé Parguel : une foi vivante et une Église ouverte à tous.

Parallèlement, la mémoire de M. Paul Parguel, a continué d’exister autrement. L’association Paul Parguel fait vivre ses idées, ses engagements et les combats qui lui tenaient à cœur, à travers différents événements et des actions de partage . Elle entretient ce lien singulier entre sa vie “civile” et sa vie de prêtre, rappelant que son engagement dépassait largement l’enceinte de sa paroisse.

Ainsi, deux réalités se répondent et se complètent : l’Église qui fait vivre l’héritage de l’abbé Paul Parguel, et l’association qui prolonge la mémoire de Paul, l’homme. Ensemble, elles témoignent d’une même cohérence, d’un même élan.

Ainsi, au fil des générations, l’héritage continue de vivre, porté par une communauté qui avance, fidèle à ce qui lui a été transmis par ce bâtisseur de lien humain.

Un journal, une vie

Un journal, une vie, une vérité.

Ce journal personnel de l’abbé Paul, est un témoignage brut, sincère et profondément humain. Un récit de foi, de doutes, de combats intérieurs et de lumière.